Le don au travail ?... Non mais sérieusement ?!
- contact394270
- 8 juil. 2025
- 4 min de lecture

Un intérêt plutôt improbable
Colloque annuel de l’IFAI à Paris, août 2024.
Deux conférences annoncées, l’une sur le thème du don au travail, donnée par Anouk Grevin et Yves Renié. Intérêt relatif à priori : le « don au travail », ça sonne quand même un peu poussiéreux et passéiste…
Au final, une excellente surprise; une intervention qui résonne puissamment avec ce qui m’anime dans mon travail depuis quelques décennies maintenant : la place incontournable, vitale en fait, de la dynamique des relations humaines dans toutes les strates des organisations, qu’elles soient professionnelles, politiques, associatives ou privées.
Depuis, progressivement les pièces du puzzle s’emboitent et une image prend forme.
Obnubilés par les résultats…
Parce que nous sommes collectivement obnubilés par les résultats et leur mesure, par le coût à consentir pour les obtenir et les avantages immédiats à en retirer, nous perdons peu à peu une capacité essentielle : celle de discerner les processus plus subtils, plus subjectifs, moins prédictibles et plus ambigus aussi, qui sont puissamment à l’œuvre au cœur de la vie de nos organisations.
Considérons tout d’abord quelques éléments significatifs de compréhension : dans leur ouvrage « L’économie silencieuse », Grevin et Bruni mettent en perspective deux faits historiques.
Celui-ci d’abord : les tout premiers lieux en Europe où se discutèrent les questions liées à l’organisation du travail furent les familles paysannes et les monastères. Des groupes au sein desquels les hommes et les femmes partageaient bien plus que du travail. Des communautés vivantes et imparfaites, des organismes robustes (Capables de maintenir leur stabilité et leur viabilité malgré les fluctuations selon le biologiste Olivier Hamant) , qui traversaient au mieux les aléas de leurs existences, portées par des idéaux et par des nécessités.
Et ensuite, cet autre-là : de l’autre côté de l’Atlantique, le début de l’ère industrielle voit naître une « organisation scientifique du travail », centrée sur l’efficacité, la rentabilité et la productivité. Autant de concepts aujourd’hui devenus des dogmes. Les travailleurs se sont transformés en « agents » au service d’organisations économico-industrielles. Cette transformation, il faut le reconnaître, s'est faite au prix d’une certaine forme d’humanité : celle qui justement intègre la fluctuation, l’ambiguïté et l’imperfection. Mais surtout celle qui produit le sens donné au travail. « Parce que nous refusons l’ambiguïté, nous créons la dichotomie. » nous dit encore avec justesse Anouk Grevin.
Ambigüité ou dichotomie ?
Cette organisation scientifique du travail, qui essaime progressivement dans toutes nos structures professionnelles, (y compris le service public, la santé ou l’éducation, …) repose sur cette dichotomie : tout doit être contractualisable, calculable et modélisable. Ce que les collaborateurs et collaboratrices donnent quotidiennement pour que « ça marche » ne peut pas être compté dans le calcul. Pas compté, donc ni reçu et si peu reconnu ouvertement. Ce n’est pas, à priori, le fait de dirigeants insensibles ou déshumanisés. Bien que ceux-ci existent effectivement çà ou là, il s’agit plutôt d’une résultante du mouvement inéluctable et puissant de la révolution industrielle et de celles qui ont suivi ultérieurement.
Un nouveau prisme de lecture
La thématique du « don au travail » propose une « paire de lunette » offrant l’opportunité de sortir du véritable biais cognitif dans lequel nous sommes culturellement plongés lorsque nous considérons les enjeux organisationnels du travail. Oui, la motivation, l’élan, le « coup de main » pour dépanner, l’échange de marques de reconnaissance, le partage de ressources, le conseil donné, le soin donné à l'argumentation de son objection, la concession occasionnelle sur l’horaire, le partage d'une idée audacieuse, la cordialité dans l’accueil du client, tous ces innombrables petits suppléments d’âme qui ne figurent dans aucun contrat de travail et rendent l’organisation viable, voire mieux, enviable, sont autant d'expressions d'une posture de générosité, elle-même au cœur de la dynamique du don au travail.
Une réponse opérante
Nous choisissons dès lors de considérer cette « dynamique du don » comme un chemin sur lequel se réengager prioritairement afin de réhumaniser nos champs professionnels. Mais attention : pas dans la perspective idéalisée d'un humanisme naïf, ou comme une nouvelle déclinaison de l’injonction à la bienveillance susurrée par le nouveau « chief happiness officer », mais bien plutôt le début d’une réponse profonde et opérante au malaise grandissant manifesté par l’augmentation des burnouts, des taux élevés de turnover, du désengagement et plus généralement de la souffrance au travail.
Une fois chaussée cette paire de lunette, prenant appuis sur les travaux sur le don de Marcel Mauss et de ceux qui s’inscrivent dans son sillage, c’est un regard un peu différent que nous voulons proposer lorsqu’une entreprise ou un établissement recourent à notre intervention, notre accompagnement ou notre supervision. En plus des enjeux organisationnels, méthodologiques ou psychologiques, nous vous proposons de considérer ensemble les opportunités de réactiver, renforcer ou encore revaloriser les dynamiques du don (donner, recevoir, donner en retour, …) au sein de votre organisation.
Un peu comme la circulation sanguine amène dans tout l’organisme les nutriments et minéraux indispensables à une bonne vitalité, nous voulons parier avec vous que développer une posture d’attention et de soutien aux dynamiques du don peut renforcer l’ensemble de votre collectif dans la réalisation de sa mission.
Dans un prochain article, nous évoquerons comment nous comptons œuvrer concrètement, avec vous, à cette réappropriation. Quels sont les processus simples, comportant une réelle puissance transformatrice du climat au sein des organisations.
Nous pourrons également en parler de vive voix lors de la conférence à laquelle nous vous invitons le vendredi 19 septembre prochain à 17h00 à Fribourg, animée par Anouk Grévin, maître de conférence en science de la gestion à Nante Université et Yves Renié consultant interne chez Engie.
Encore mieux, nous pourrons approfondir la question au cours de l’atelier que les deux chercheurs animeront pour nous le samedi 20 septembre entre 09h00 et 12h30 à Fribourg également!
N'hésitez pas à nous contacter ici pour plus d'informations.
Au plaisir!